Parole de cheminot

Le projet Léman 2030 des CFF qui vise l’amélioration des capacités en gare de Lausanne est un projet minimaliste en comparaison des projets planifiés dans le Grand Zurich. C’est la conviction de Jean-Claude Cochard, cheminot et membre du Collectif Gare. Il s’explique dans une lettre qu’il adresse, le 19 juin 2012, à Laurent Staffelbach, chef du projet Léman 2030.  Croquis à l’appui, il propose une variante souterraine à deux voies et un quai unique dans l’espace actuel de l’emprise des infrastructures de la gare actuelle: cette solution aurait le double avantage d’augmenter considérablement les capacités du noeud ferroviaire lausannois tout en préservant l’habitat. Explication.

La Gare de Lausanne aujourd'hui - dessin original de J-C Cochard

Dans cette variante, les voies souterraines seraient destinées exclusivement aux rames RER et RER 2N (deux étages). Celles-ci peuvent franchir des déclivités plus fortes que les trains ordinaires (rampes de 40/oo ou même 50/oo), ce qui facilite la réalisation des trémies d’accès à la gare souterraine. Cette dernière serait construite avec des voies sans ballast et munie d’une caténaire rigide (rail de contact). Ainsi, il serait possible de réduire l’espace libre des tunnels de un voir deux mètres de hauteur. le côté sud de la voie 9 serait ouvert sur le quartier « Sous-Gare », comme le parking qui s’y trouve actuellement, ce qui donnerait un éclairage naturel bien apprécié dans ce genre d’aménagement.

Projet d'une Gare de Lausanne tournée vers le futur

Ma proposition implique toutefois la modification du profil en long de l’Avenue W.-Fraisse, à l’Ouest de la gare et celle de l’Avenue d’Ouchy à l’Est. Mais il s’agirait d’abaisser ces dernières de quelques mètres pour le gabarit électrique des trolleybus TL. Selon mon estimation, le vénérable tunnel du LO, construit entre 1874 et 1876, ne devrait pas constituer un obstacle à la construction d’une gare à deux niveaux tel que dessinée ci-dessus. Cependant, si il serait nécessaire de corriger le profil en long du M2, alors soyons ambitieux et profitons de supprimer ce goulet d’étranglement par la construction d’un nouveau tunnel à double voies pour le métro.

Les trémies nécessaires à la réalisation du projet

Pour la réalisation du projet je ne commencerai pas par la construction des voies « Sud » de la gare, mais par celles « Nord » plus facile à réaliser (aménagement du quai 1 à 420 mètres de longueur et augmentation de sa largeur par la dépose de la voie 2). A Montreux, des opérations similaires avaient été exécutées en quelques mois seulement, sans interruption du trafic! Parallèlement à la première phase des travaux en gare de Lausanne, une gare provisoire pourrait être aménagée à Sébeillon, pour décharger la gare centrale lorsqu’il s’agira de construire la gare souterraine, sous les voies « Sud » ainsi que les trémies d’accès, comme proposé.

Les CFF, dans leur ensemble, sont de mauvais stratèges pour les projections à long terme. Ils sont les seuls en Europe à avoir, d’une manière péremptoire, renoncé à la  construction d’un réseau LGV pour relier les grandes métropoles du pays, excepté bien entendu, l’axe Berne-Zurich!

Pour conclure, je vous adresse, en annexe, au bon souvenir d’un projet romand révolutionnaire qui, si il n’avait pas été coulé par les dirigeants des CFF de l’époque et l’OFT, serait, aujourd’hui, en phase opérationnelle entre Genève et Lausanne et répondrait à toutes les attentes actuelles: SwissmetroAujourd’hui, les ingénieurs de la SNCF sont arrivés à la conclusion que le futur des TGV sera un train sans roues et sans caténaire à l’horizon 2030,2050!  (Lire l’article sur Swissmetro)

Jean-Claude Cochard

Retour sur un passé récent et sur des décisions contestables
Les cheminots ont été très discrets sur le bouleversement qu’impliquent pour une quarantaine d’entre eux la destruction programmée des halles CFF de Lausanne. Le 24 juin 2010, le syndicat du personnel des transports faisait part de son inquiétude dans un article critique. Nous avons le plaisir de donner aujourd’hui la parole à un cheminot, Jean-Claude Cochard, qui démontrait déjà début 2011 que d’autres voies étaient possibles pour développer la gare sans détruire de logements, sans faire disparaître un patrimoine industriel qui fait partie de notre histoire. Lisez aussi sa Lettre ouverte à la gauche vaudoise, envoyée en février 2012.

Voici ce que Jean-Claude Cochard nous écrivait en 2011:

Le projet d’un Musée des beaux-Arts à la gare de Lausanne a été présenté en grande pompe à l’élite économico-politique du canton, dans le dépôt des locomotives. (Pour mieux comprendre le dessous des cartes, lisez la véritable histoire de la fermeture des halles CFF). Comme cheminot et syndicaliste, c’est l’occasion d’affirmer ma désapprobation pour ce choix urbanistique. La surface confisquée pour la construction du MCBA devrait, logiquement, être affectée à l’augmentation de la fluidité du trafic ferroviaire, notamment la circulation souterraine de la gare. Dans son projet d’amélioration des capacités du noeud ferroviaire lausannois, CFF Infrastructure prévoit l’allongement des quais à l’ouest de la gare ainsi qu’un nouveau passage souterrain pour rejoindre le MCBA. Ces réalisations ne résoudront pas l’engorgement des autres passages souterrains de la gare aux heures de pointe. Je propose donc la construction d’une passerelle métallique de grande capacité, pardessus les voies à l’ouest de la gare, analogue à celle construite en gare de Bâle. Enfin pour résorber l’engorgement du trafic sur le M2, sous la gare de Lausanne, à cause de la présence d’une voie unique, je propose que le M1 arrive en gare de Lausanne, par le dépôt des locomotives.  Ainsi on éviterait à des milliers d’étudiants le détour du Flon avec le M2. Une nouvelle ligne de tram serait construite depuis le croisement de Motelly, passant sous le carrefour, Avenue de Provence/Avenue de Sévelin et débouchant par un tunnel, dans la cour du dépôt des locomotives, en gare de Lausanne.

Dessin original de J-C Cochard réalisé en 2010

 

Un bunker vaudois pour la culture
Je suis choqué par le choix architectural du jury du concours pour le futur Musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne. La brutalité de la géométrie de ce projet me fait penser au Mur de Berlin, cette barrière qui coupait certaines gares berlinoises en deux pendant la Guerre froide! Visiblement le jury et le Conseil d’Etat vaudois n’ont pas tiré les leçons de l’échec du projet de Bellerive. Mais finalement, cette architecture résolument contemporaine, aux formes agressives empruntées à l’environnement carcéral, n’est-t-elle pas le reflet de la société civile d’aujourd’hui?

Ce projet urbanistique est aussi le résultat d’une politique de désindustrialisation du canton, orchestrée par les milieux économiques et instrumentalisée par le directoire de la banque cantonale. CFF Immobilier a confisqué une infrastructure ferroviaire, qui pourrait répondre à la demande croissante du trafic en gare de Lausanne. Mais dans la capitale vaudoise on ne compte plus les absurdités dans les projets métropolitains. Chaque jour, des milliers d’étudiants doivent monter avec le M2 jusqu’au Flon, pour redescendre avec le M1 jusqu’à Dorigny, alors que ce tram pouvait arriver à la gare de Lausanne, par le dépôt des locomotives. A mon avis, l’aménagement du futur Musée cantonal devrait se faire dans une demeure de prestige, en harmonie avec le site choisi. Le canton ne manque pas de choix en la matière. Par exemple le Château d’Hauteville sur la Riviera vaudoise, desservi par le train Vevey-Blonay-Les Pléiades. Ce lieu encore magique, sur la commune de Saint-Légier, aurait parfaitement convenu pour accueillir la collection Planque, avant que son charme ne soit détruit par la promotion immobilière de luxe, qui sévit sur les bords du Léman!
Lisez l’opposition de Jean-Claude Cochard, dans le cadre de la mise à l’enquête du Plan d’affectation cantonal Plate-forme Pôle muséal qui s’est achevée le 24 septembre 2012.

Extrait du commentaire d’un autre cheminot 

« Les gens ne savent pas ce que signifie la fermeture du dépôt, environ 40 emplois qui passent à la trappe dans le canton, les surcoûts engendrés par le déplacement du travail effectué à Lausanne (entretien des trains régionaux, réparations de tous types de véhicules ferroviaires) sur d’autres sites dans d’autre cantons (Genève, Bienne, Brig, etc.) et les contribuables vaudois payent pour cela! Il faudra payer des sillons et des mécaniciens (s’il y en a!) pour amener des trains et des véhicules se faire réparer et entretenir ailleurs, puis il faudra qu’ils reviennent à Lausanne pour faire la course attribuée, car n’oublions pas, que, le noeud ferroviaire régional c’est LAUSANNE, cherchez l’erreur!! »


 

 

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