Blues lausannois, suite

La réaction de Richard Tanniger à la présentation du projet du MCBA, sur le site des Halles aux locomotives.
En cette fin d’août caniculaire, je retrouve dans la presse locale le projet de futur musée des beaux-arts concocté par les autorités lausannoises, et je me sens dès lors aussi abattu et fondu que la méchante sorcière de l’Ouest à Oz en son temps…

Un manifeste du vide
D’un point de vue architectural, je l’ai déjà écrit, ce projet ne propose que « surfaces stériles, volumes simplistes, autels voués à l’orthogonalisme (corollaire de la penséedroite) le plus déprimant et le plus fade. Est-ce donc là toute « l’audace » vaudoise ? Qui ne propose plus au citoyen que de déprimantes infographies grises et cubiques (ou parallélépipédiques) en guise de visions d’avenir ? » Ce projet est toutefois remarquable en ceci qu’il est un véritable manifeste. Manifeste du vide et de la platitude absolue. Ses architectes nous parlent de leur « obsession de l’intégration à la ville ». J’attends encore que l’on m’explique en quoi ces surfaces stériles s’intègrent, ou m&e! circ;me s’accordent avec leur environnement bâti (à moins que la négation de toutes les caractéristiques architecturales qui les entourent ne soit une nouvelle définition de l’intégration…)
De gustibus et coloribus non disputandum me répondra-t-on, encore et toujours…

Une concentration muséale privée de sens 
D’un point de vue urbanistique alors. A l’heure où la gare de Lausanne souffre d’engorgement, victime d’une explosion démographique, et se voit contrainte, pour s’étendre et répondre aux besoins futurs, nous explique les CFF, de détruire et démolir des immeubles (y compris l’admirable Lausanne Guesthouse ; mais on sait depuis quelque temps que les héritages architecturaux du 19ème siècle n’ont plus droit de cité autour de la gare….), il me semble aberrant d’y concentrer les principaux musées lausannois. Alors que les touristes pourraient parcourir la ville, la visiter et en jouir pleinement, participant ainsi véritablement au dynamisme voulu par les autorités (L’Elysée, puis Rumine[1] au cœur de la ville, et enfin le MUDAC qui les amènerait à visiter la vieille cité), on veut les concentrer autour de la gare (qui verra également disparaître son principal parking, d’après ce que je sais aujourd’hui… Où donc iront se garer tous les visiteurs qui n’useront pas des CFF ?).

Un centre commercial de la culture
De plus, ce pseudo concept de « Projet plate-forme pôle muséal » fait méchamment penser à un genre de centre commercial de la culture, où tout est à portée de main, à proximité de la gare. Et on sait depuis la reconfiguration du Flon que nos autorités apprécient, et pire encore, vantent le fait que « le cœur de Lausanne tend à devenir un grand centre commercial à ciel ouvert[2] ». Perspective hautement réjouissante, donc….

Il y a encore beaucoup à écrire, et je n’y manquerai pas….

[1] On sait que Monsieur Michel Thévoz a déjà démontré que le Palais de Rumine est, et pourrait rester, le lieu idéal du musée cantonal des Beaux-Arts. Mais apparemment son excellente compétence en muséologie a eu peu de poids dans les décisions qui ont amené certains à placer le nouveau « pôle muséal » à la gare…

[2] Olivier Français dixit….