Lettre du Collectif Gare aux députés

Lausanne, le 16 mars 2014
Madame la Députée, Monsieur le Député,

Vous devrez très prochainement vous prononcer sur un crédit de construction pour le nouveau MCBA à l’emplacement des actuelles Halles aux locomotives. Comme vous le savez, le plan d’affectation cantonal qui devrait permettre la création d’un Pôle muséal à deux pas de la gare, fait actuellement l’objet d’un recours du Collectif Gare auprès du Tribunal fédéral.

A ce stade, il nous paraît important que vous entendiez la voix d’un mouvement citoyen dont les membres ne sont pas des  « Neinsager », mais des femmes et des hommes qui se préoccupent de l’évolution harmonieuse de leur ville et du dynamisme des arts du canton de Vaud. Des citoyens qui s’inquiètent aussi de n’avoir vu aucun débat fleurir au sein de la classe politique autour de ce projet, comme si la laborieuse histoire qui pèse sur le Musée des Beaux-arts depuis  plus de vingt ans, empêchait désormais d’exprimer tout avis critique et qu’il s’agissait « maintenant ou jamais » de « régler le problème une fois pour toutes ».

Une solution « à portée de main » pour la culture vaudoise Dire aujourd’hui que si l’on renonce au Pôle muséal, plus rien ne sera fait pendant des années pour le MCBA est tout simplement faux. Le canton de Vaud peut, en faisant un pas en arrière, faire trois pas en avant. Une autre option est possible et elle n’a rien de farfelu. Il suffit de se pencher à nouveau sur le premier choix fait par la Commission d’experts, avec le projet « Musée-Cité » à la Riponne. Cette option permet de gagner sur plusieurs tableaux, qu’ils soient de nature patrimoniale, artistique, urbanistique et financière.

 

Préservation du patrimoine industriel et création d’une Kunsthalle Détruire la halle aux locomotives est une atteinte grave au patrimoine vaudois. Faire ce geste au nom de la culture est un contresens et un précédent plus que préoccupant. En rasant ce patrimoine, on prive les citoyens et les acteurs culturels d’un espace unique, alternatif et polyvalent qui a déjà démontré, même en l’état, avant la moindre rénovation, sa capacité à accueillir des manifestations culturelles (expositions, concerts, théâtre), aisées à mettre sur pied et peu onéreuses.

Un quartier des musées renforcé à la Riponne, une place sinistrée au cœur de la ville réha-bilitée, un musée de l’Elysée cher aux Vaudois préservé Le projet de Pôle muséal va à l’encontre d’un urbanisme équilibré. Il est dans l’intérêt de Lausanne et de son dynamisme, que les visiteurs des musées « circulent » dans la ville et non qu’ils aillent de la Gare au Pôle et du Pôle à la Gare (et au vaste espace commercial qui y sera créé). De plus, le Pôle muséal crée un « espace public » au forceps, dans un endroit inadapté, en cuvette, orienté au nord, en bordure des rails, qui débouche d’un côté sur une place de la Gare saturée et de l’autre sur un quartier résidentiel. Dans le même temps, on laisse en friche la place de la Riponne, pourtant idéalement située au coeur de la ville, avec ses musées, sa bibliothèque universitaire, son espace d’exposition (Arlaud), pour ne pas parler de la capacité que représente l’ancien Romandie, actuellement délaissé.  Tout ce potentiel aujourd’hui complètement sous-exploité et livré à lui-même, a pourtant été soigneusement mis en évidence par le projet Musée-Cité, qui prévoit la réhabilitation de ce quartier central de Lausanne.

Ajoutons encore que le Pôle muséal condamnerait le bâtiment très apprécié de l’Elysée, qui ne serait plus accessible à ses propriétaires, les Vaudois, alors qu’un agrandissement du Musée, sur place, serait envisageable sans problème.

Faire mieux et moins cher en tirant profit de l’existant Le coût du Pôle muséal s’élèvera à 200 millions de francs, sans compter d’importants dépassements prévisibles et de nouvelles oppositions, cette facture ne tenant évidemment pas compte du coût d’exploitation des bâtiments, ni des financements nécessaires à des expositions capables de drainer les centaines de milliers de visiteurs attendus, si tant est que cette perspective soit réaliste. Il suffit de consulter les chiffres de fréquentation de l’actuel MCBA pour saisir l’ampleur du défi. (Voir annexe)

A la Riponne, le projet Musée-Cité, outre sa qualité urbanistique, offrirait l’avantage de coûter au minimum quatre fois moins cher que le Pôle muséal tout en  permettant de tirer profit de l’ensemble muséal qui existe déjà sur place. Ainsi, plutôt que de dépenser 200 millions pour un Pôle muséal dont la nécessité n’est pas démontrée, il serait plus utile, dans l’intérêt de la collectivité et du bien public, de consacrer une partie de cet argent au rayonnement des expositions futures du MCBA, au soutien des artistes vivants ainsi qu’à la pérennité des héritages artistiques dans le patrimoine vaudois.

A l’heure de voter ce crédit dont l’acceptation déboucherait probablement sur un référendum cantonal, nous vous remercions de prendre en compte les arguments qui précèdent dans la « pesée des intérêts » où le principe de réalité et de bon sens doit l’emporter pour le bien des citoyens, de l’art et des artistes.

Non au Pôle muséal – Oui au nouvel espace muséal de la Riponne 

Veuillez recevoir, Madame la Déuptée, Monsieur le Député, nos meilleures salutations.

Le Comité du Collectif Gare

Bref rappel des faits

De la transparence à la mascarade, du patrimoine préservé à sa démolition pure et simple Après l’échec de Bellerive, tout avait pourtant bien recommencé. Le concours de sites permit à 11 lieux dans le canton et à Lausanne de se proposer pour accueillir le futur Musée des Beaux-arts au terme d’une procédure exigeante posant une série de critères pointus. Cette démarche était réjouissante par sa transparence. Tout se compliqua le jour où le Groupe Cantonal d’Evaluation des Sites (GCES) mandaté officiellement par le Conseil d’Etat annonça que le meilleur site était celui de la Riponne (projet Musée-Cité des architectes Rivier et Sahy). Deux heures après cette annonce, le Conseil d’Etat communiquait son choix : Le MCBA serait construit DANS les halles aux locomotives, projet porté par les CFF et placé par la Commission d’experts en deuxième position, notamment en raison des difficultés techniques liées à la réhabilitation de ce lieu industriel en note 2 au patrimoine vaudois en un lieu de conservation muséale.

Pour rappel, le CGES était composé d’une trentaine de personnalités du monde politique, culturel et professionnel de l’architecture vaudoise. Il comprenait notamment Nuria Gorrite, à l’époque syndique de Morges, et Sylvia Zamora pour les « représentants des communes », Ariane Widmer, cheffe du SDOL, et Francesco Della Casa, rédacteur en chef de la revue « Tracés » de la SIA et futur architecte cantonal de Genève pour les « représentants des corps constitués et les personnalités », Brigitte Waridel, cheffe du service des affaires culturelles, Bernard Fibicher, directeur du MCBA et Eric Perrette, architecte cantonal, pour les « représentants de l’Etat de Vaud ». Quel groupe d’experts serait-il plus légitime que celui-ci ?

Quelques élus s’élevèrent contre cette décision hâtive, n’hésitant pas à affirmer que les dés avaient été pipés et que le concours de sites n’avait été, pour reprendre les mots d’une syndique d’alors, « qu’une mascarade ». Mais on n’était pas au bout des surprises :

Lorsque le concours international d’architecture fut lancé, il n’était déjà plus question du seul MCBA – au vu de la dimension de la parcelle des CFF (26’000 m2) –  mais carrément d’un Pôle muséal, regroupant deux autres musées, l’Elysée et le Mudac. Et le projet qui gagna le concours, ayant brillamment démontré la quasi impossibilité de métamorphoser des halles de locomotives en musée des Beaux-arts, fit table rase du patrimoine.

Sur tous les tableaux, la démarche transparente avait fait long feu ! En lieu et place, une communication énergique s’est déployée autour du futur Pôle dont il n’est assurément pas de bon ton de contester la nécessité. La proximité de la Gare et des trains, dans un nœud ferroviaire de première importance, continue d’être  présentée comme un atout majeur, alors que chacun sait que ce n’est pas le lieu idéal pour exposer et conserver des œuvres d’art aussi précieuses que fragiles !

Enfin, relevons encore qu’avec la fermeture du Grand-Pont au trafic automobile prévue dans le cadre du projet du tram T1 Lausanne – Renens, un  report de trafic d’environ 20% sur les avenues de la Gare et Ruchonnet a été annoncé lors de la mise à l’enquête du Tram. Est-ce vraiment visionnaire, pour une ville aux dimensions de Lausanne, d’accumuler les Pôles dans un même lieu, – Pôle Gare et Pôle muséal – alors même que le développement des transports publics, par nécessité gourmand en espace, ne s’arrêtera évidemment pas à Léman 2030 et à la construction du M3 ?

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