Les riverains de la gare montent dans les tours

Enjeu de projets immobiliers, les gares subissent une profonde mutation. Critiquant le manque de transparence des CFF, les mouvements citoyens s’organisent dans les métropoles lémaniques.
Publié dans le dernier numéro de Culture en jeu consacré à l’art dans la Ville, cet article de CHRISTIAN CAMPICHE  est proposé ici dans sa version intégrale.

«Les CFF façonnent la Suisse». Lové dans le site internet de CFF immobilier, une entité de la régie (toujours moins?) fédérale qui compte parmi les principaux propriétaires et régisseurs immobiliers de Suisse, le slogan est à la mesure de la mutation que subissent les grandes gares helvétiques. Au nom de l’adaptation des infrastructures à l’évolution du trafic des passagers et des marchandises, des centaines de millions s’investissent dans la modernisation des gares et la construction de voies.

«Une gestion réfléchie de l’environnement et des ressources»
L’enjeu dépasse manifestement le simple transport ferroviaire. Témoin, le programme qui a été inséré sur la toile: les travaux qui ne se limitent pas à l’aménagement de «centres de prestation conviviaux» mais visent carrément «une «stratégie globale de développement durable», «une gestion réfléchie de l’environnement et des ressources».

Une sincère conviction?
Les CFF ont de l’ambition pour le pays, c’est bien. On applaudirait volontiers leur altruisme déclaré, n’était le malaise qui en découle de manière sous-jacente. Ces projets grandioses, cette humanité dans l’urbanisme dérivent-ils d’une sincère conviction, d’une vision dans le sens du bien-être commun?

La rentabilisation d’un lourd patrimoine
Le doute s’insinue d’emblée, il faut le dire, au vu des explications en ligne des CFF: «Immobilier CFF revalorise les quartiers des gares en coopération avec les autorités municipales et les investisseurs privés pour en faire des sites économiques attrayants et des zones de rencontre animées». Les CFF étant «bien plus qu’une entreprise ferroviaire», pour reprendre leurs propres termes, faut-il donc comprendre que le souci premier est la rentabilisation d’un lourd patrimoine immobilier?

Une grogne particulièrement vive des habitants en région lémanique
Les habitants des quartiers environnants des gares, qui comptent parmi les plus densément peuplés de la cité, se font du souci, on les comprend. Ils aimeraient bien savoir à quelle sauce de «gentrification», un terme très prisé par CFF immobilier, ils seront mangés. La grogne est particulièrement vive en région lémanique où les riverains critiquent la politique d’information des CFF, trop lacunaire à leur goût.

A Genève, le Collectif 500 lutte sans relâche pour une extension de la gare en sous-sol
Du coup, les citoyens s’organisent. Le mouvement de résistance est particulièrement virulent à Genève où des citoyens réunis au sein du «Collectif 500» s’opposent à la destruction de 350 logements dans le pittoresque quartier des Grottes. Un hôtel historique, le Montbrillant, est menacé. Dénonçant un aspect spéculatif privilégiant le consumérisme de grande surface au détriment des logements populaires, le maire socialiste Rémy Pagani est monté aux barricades. Après une pétition qui a recueilli plus de 7600 signatures, les 500 ont lancé une initiative cantonale demandant l’enfouissement de la gare au lieu de l’extension en surface, selon le modèle réalisé avec succès à Zurich.

Un engagement politique qui se fait attendre à Lausanne
A Lausanne, l’engagement politique se fait attendre, pour l’instant. Ce qui n’empêche pas plusieurs mouvements citoyens de mener le combat. L’un d’eux, l’Association des riverains de la gare de Lausanne (ARGL), a obtenu de la ville et des CFF en juin 2012 qu’ils signent une convention destinée à trouver une solution pour les locataires délogés, 300 personnes environ, domiciliées dans la  zone de la rue du Simplon. Le texte prévoit «le relogement de l’ensemble des habitants concernés» par la mise à disposition d’une soixantaine d’appartements «à des loyers abordables».

Dix mois plus tard, les belles promesses s’estompent, la pilule demeure indigeste. La «bourse aux logements» des CFF n’a proposé que deux appartements sous gare. «Tous les autres logements sont disséminés dans l’ensemble du canton ou d’autres quartiers de Lausanne», proteste un riverain de la gare, cité par le journal en ligne la «Méduse», ce printemps.

A Lausanne, le Collectif Gare juge que le Quartier des arts est une erreur urbanistique majeure
Autres structures citoyennes, le Mouvement pour la Défense de Lausanne et le Collectif Gare, demandent de leur côté une réflexion urbanistique plus large. Sublimée par l’échec de «Métamorphose» – un mégaprojet immobilier prévoyant notamment la construction d’un nouveau stade de football au sud de la ville – , l’opposition se focalise désormais sur l’idée du «pôle muséal», le regroupement de trois musées, dont celui des Beaux-Arts, sur le site des anciens ateliers CFF, un monument classé sis à une cinquante de mètres du bâtiment principal de la gare de Lausanne. Un groupe d’experts nommé pourtant par le Conseil d’Etat vaudois ayant recommandé un autre site, celui de la Riponne, les opposants jugent la décision du gouvernement «non démocratique» et susceptible d’entraîner des coûts non maîtrisables.
« Nous ne comprenons pas que les autorités politiques créent au forceps un ‘quartier des arts’ entre les voies ferrées et un quartier d’habitation dense, alors qu’elles avaient une occasion inespérée de panser enfin la blessure urbaine que représente la place de la Riponne, lieu idéal au cœur de la ville», écrit le Collectif Gare dans le recours qu’il a adressé au Tribunal cantonal après que le Département de l’intérieur a levé les  oppositions.

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